Je te nomme mère du mystère

 

Mohamed Agina

1.- Je te nomme mère du mystère
Air de lavande
La fonte des nuits
sur une lèvre ouvrant une porte
sur le miel de l’univers
Que veux-tu ?
Jusqu’à quand voyages-tu
entre un temps et un autre
Entre un temps ancien et une saison nouvelle?
2.- Mes côtes ont la nostalgie
de la sève de l’amande
près de côtes qui gémissent
du pouls de deux paumes exténuées
d’un café de minuit
le café de la mi-aube
qui précède l’éclat de la lumière
Ma nostalgie déborde
Fontaines qui chantent les nouvelles
de ta pistache fraîche
Me noyant dans la mer de sa joie
Couvre-moi !
Me manquent les battements
des papillons de tes paupières
Le rire du blé
A l’aube d’albâtre
dans l’amande de ton visage
Me manque la visite de l’aube
Le baiser au milieu du matin
Me suffit de voir la figue de la poitrine croître
Doucement comme l’ouverture du chant
3.- Je reviens à un temps qui n’est plus le mien
Un temps dont on m’a volé l’enfance
Couvre-moi
Afin que la poésie me soit révélée à l’aube
Boule de feu
Parole tendre
Ces oiseaux s’envolent de l’arbre de mon cœur
Vœu et désir
Pour une saison proche et lointaine
4.- Et ranger je suis à une rue au Golfe
Étranger est mon arrêt pour pleurer les ruines
Mon désir au coucher du soleil
Pour un temps qui n’est plus mien
Ton printemps est Grenade
La beauté et l’orgueil
L’impatience pour ce temps nouveau

Mohamed Agina

Traduit de l’arabe par Tahar Bekri

Mohamed Agina est resté une voix discrète de la poésie tunisienne, pourtant, son écriture était remarquée dans des textes parus dans la revue Alif, il y a déjà quelques décennies. Poésie installée dans la modernité, liée à l’héritage culturel arabo-musulman, dans une sensibilité délicate et fine. Parole silencieuse, sans tintamarre ni bruit. Entre intimité et réalité arabe.
Né en 1950 à Monastir, Mohamed Agina est Prof. de littérature arabe, traducteur, interprète.
Parmi ses œuvres (en arabe) : Il n’y a de vainqueur que la beauté, il n’y a de vainqueur que la tristesse (éd. L’Or du Temps, Tunis, 2007); Encyclopédie des légendes arabes en Arabie préislamique et leurs significations (éd. Al-Farabi, Liban, 1994 / éd. Al ‘Arabiya, Sfax, 2005); Gravures dans la littérature et les légendes (éd. Al Ma’rifa, Tunis, 2006). Il est aussi le traducteur en arabe entre autres du roman Le passé simple de Driss Chraïbi et Le fils du pauvre de Mouloud Feraoun (éd. Cérès)
Tahar Bekri

Source : Kapitalis